Petite incursion dans l’album La Cité, avec une œuvre qui aborde le thème de la coviabilité, nouveau concept socio-écologique qui agit pour la coexistence harmonieuse et pacifiée de l’homme et des autres formes de vivant dans un même espace. Vinca Migot interroge ainsi notre rapport à la Nature et explore un écosystème, celui de la forêt. Découvrez les secrets de La forêt septentrionale de la Cité (techniques mixtes sur papier, 30 x 40 cm).

La forêt septentrionale de la Cité, Technique mixte sur papier, 30x40 cm

La forêt septentrionale de la Cité

Technique mixte sur papier, 30x40 cm

Des forêts fascinantes à travers le monde

Le monde regorge de forêts magnifiques, dont l’aura souvent mystérieuse attise la curiosité des voyageurs. On peut évoquer la mystique forêt de Brocéliande, en Bretagne (France), liée à la légende arthurienne : l’enchanteur Merlin y serait emprisonné, pour la nuit des temps, par les sortilèges amoureux de la fée Viviane. Il y a aussi la forêt réputée hantée Hoia Baciu, au nord-ouest de la Roumanie, avec ses arbres courbés et entremêlés, et que l’on appelle le « Triangle des Bermudes roumain ». On peut mentionner encore la forêt de bambous géants d’Arashiyama, qui se trouve dans la préfecture de Kyoto, au Japon, réputée pour sa partition musicale, lorsque le vent fait bruisser les feuilles et s’entrechoquer les tiges de plusieurs dizaines de mètres. Également au Japon se trouve la forêt millénaire d’Aokigahara, surnommée la « mer d’arbres », en raison de ses innombrables arbres qui s’enroulent autour de la roche volcanique, ou plus tristement désignée comme « la forêt des suicides » à cause de ses sentiers tortueux qu’empruntent ceux qui veulent en finir avec la vie.

Une forêt mystérieuse toujours plus au nord

La Forêt septentrionale de la Cité, petite ville imaginaire et féérique sortie tout droit de l’imagination de Vinca Migot, rend hommage à ces forêts mystérieuses. Cette peinture sur papier présente une forêt colorée, plus suggérée que véritablement dessinée. On imagine le balancement des branches au gré des variations colorimétriques, que suggère aussi la présence de petits animaux en mouvement, à l’instar du singe, que l’on devine percher sur un arbre. La forêt est synonyme d’effervescence : c’est un point de rendez-vous où se rencontrent les écosystèmes et les différentes formes de vivants. Le cœur de la forêt se présente comme un carrefour, dont la symbolique magique remonte à l’Antiquité. Les forêts mystérieuses sont réputées difficiles d’accès, réservées aux seuls initiés, ou, à défaut, labyrinthiques ; elles offrent une pérégrination, physique et psychique, aux voyageurs qui s’y engagent.
La Forêt septentrionale s’inscrit dans cette veine. L’adjectif « septentrional », antonyme de « méridional », vient du nom « septentrion » qui se réfère aux sept étoiles de la Grande Ourse, nommée Septentrio en latin. Ce groupement d’étoiles permettait de trouver l’étoile polaire et donc d’établir le nord avec précision. Comme le nord est la direction par défaut qu’indique une boussole, la Forêt septentrionale renvoie à un repère cosmogonique, à une direction naturelle que suivent les cœurs. On s’imagine qu’un voyageur aguerri, qui chercherait la forêt et se dirigerait au nord, toujours plus au nord, et tomberait enfin sur la Forêt septentrionale et ses secrets.

Une forêt à l’écosystème idyllique

Cette forêt s’apparente à un havre de paix, à une utopie. En grec, le terme « utopie » est construit sur la racine « topos », le lieu, et sur le préfixe « u » ou « eu ». Le premier est un préfixe privatif, qui désignerait ainsi le « non-lieu », le lieu qui n’existe pas. Le second, « eu », est un préfixe positif, qui signifie « bon ». L’utopie serait donc le lieu du bien. C’est peut-être un peu des deux ici : la Forêt septentrionale est un espace hors d’atteinte, qui renferme des secrets civilisationnels aussi bien que des secrets primitifs. Animaux et humains semblent vivre en parfaite harmonie, dans une euphorie gracieuse et versicolore. Les costumes bariolés qui évoquent les carnavals laissent imaginer des festivités continues. Chaque âge de la vie est représenté, preuve que la Cité permet un cycle de vie harmonieux et respectueux de la Nature. Vinca Migot articule douceur et pulsion de vie, dans un espace-temps utopique, voire onirique, puisque la forêt en elle-même n’apparaît qu’en transparence, dans le jeu des couleurs.

Orval
Chroniqueuse culturelle